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vendredi 19 avril 2013

Carnaval des Gueux - amuse gueule




Il est un soir qui amène un soleil dans la nuit. Comme un message d'espoir, une danse de la pluie, un rêve de bonheur simple et continu.
Il est une nuit, suspendue dans les lumières de la ville, où l'oubli du quotidien est maître mot.
Il est un instant qui semble durer toujours, une musique qui résonne dans l'infini, un rythme, un sourire collectif qui fait entrer la fête dans l'immense univers.
Nous en faisons partie. Plus que jamais cette nuit. Nous sommes l'univers et l'univers est en nous.
Alors laissez tomber vos fripes griffées, habitants des villes et des champs, et sortez vos griffes mes amis ! Ce soir, c'est le carnaval !


Le carnaval des gueux ! 





Carnaval de joyeux utopistes, qui savent rendre l'utopie accessible. Carnaval contrebalançant l'Histoire même du carnaval. Moment de débauche prévu avant le carême chez les catholiques, afin d'accéder librement à tous les débordements de plaisirs proscrits quelques jours plus tard, pour une durée de quarante jours.
Ici, ces joyeux lurons ne se privent pas de plaisirs simples au quotidien, alors au Carnaval des Gueux, ils le revendiquent ! Et ils ne s'arrêtent pas là … militantes, militants et habitants de partout et d'ailleurs sortent armés de leurs plus beaux éclats de rire et amusants déguisements pour se battre pour une liberté globale, une justice amicale.


Et cette nuit de carnaval, on oublie d'où l'on vient, qui nous sommes, où nous allons, nous ne sommes qu'un, un corps vibrant de lumière, de musique et d'espoir.














Photographies et article par MVF

Projet filmique: Carnaval des gueux 2013 - Montpellier

mardi 16 avril 2013

Le retro des plateaux d'Antenne 2 // The state of things

Le 14 Octobre 1982

 La télévision. On peut en dire ce qu'on veut, c'est quand même un média audio-visuel. Avant, c'était un média comme un autre. Il a prit une importance démesurée et définitivement incapable de montrer globalement l'actualité d'un pays comme le notre. Beaucoup de gens s'y trompent, et boivent les paroles vomies par le téléviseur comme de l'eau bénite. Il reste à le considérer comme un média parmi tant d'autres, et heureusement, on a eu des bonnes barres de rires grâce à ce moyen d'information.
Comme ce document d'archive qui est intéressant sur plusieurs niveaux. (en espérant que ça vous fasse réagir).

D'abord, ce plateau de Midi 2 a comme invité Wim Wenders pour son film qui venait à l'époque d’obtenir le Lion d'Or de Venise : The State of things (L'Etat des choses). Ce qui nous permettra d'en parler après.


Ensuite, on voit que la structure des journaux télé n'a pas beaucoup évolué depuis 30 ans (mise à part la présentation, les studios et transitions ainsi que le look des chroniqueurs(-euses) et leurs intonations qui fait un tout qui commence à être risible avec le temps - mais qui a ses bons côtés -).

Et enfin, les propos et sujets présentés sont étrangement similaire à ce qu'on a l'habitude de voir et d'entendre depuis quelques années à la télévision :

1. La météo : Conséquences climatiques, les catastrophes, (et tableaux aimantés).
2. Propos d'actualités : Action directe et ses actes terroristes (actions révolutionnaires)   
       Pour mémoire : https://fr.wikipedia.org/wiki/Action_directe
3. Corruption dans la politique : Jacques Chirac a peur de se faire percer à jour et cri au complot.
4. Inflation, baisse du pouvoir d'achat, baisse des salaires, augmentation du chômage. 
5. Israel, l'ambiance est tendue.
6. Des arrestations à Marseille.
7. Sondages pour les réformes...
8. Sport.
9. Invité.


Impression de déjà vu, 30 ans plus tôt.

Mais il y a aussi les bons côtés : une présentation plus simple, moins pro et plus proche du "n'importe qui". Les propos de la presse papier sont répertoriés, il y a aussi tout un reportage pour bien expliquer ce que sont les renseignements généraux et en prime une portée éducative, puisque à la fin on se fait un petit cours de physique sur l’aérodynamisme. Et enfin une longue interview qui est presque un débat autour du réalisateur Wim Wenders, qui s'est tombé une bouteille de rouge comme vous pouvez le voir à la 24e minute. C'était guinguette à l'époque.


On vous laisse déguster ça si vous avez du temps à perdre, c'est tout bénef. 

   Pour voir la vidéo cliquez sur l'image
Plateau Wenders par Ina.fr 

 The State of things de Wim Wenders, est un des films les plus passionnant qu'il m'a été donné de voir.

Ce film parle du cinéma, exclusivement.

Mais pas dans le sens que l'on pourrait croire en lisant le synopsis.

L'histoire, en bref : «Survivants», tel est le titre du film que tourne une équipe au Portugal. Lorsque le producteur disparaît sans laisser d'argent, la consternation fait place au désœuvrement, puis à l'attente...

 La mise en abyme est un procédé qui représente une œuvre dans une œuvre du même type. Ici, le cinéma. Comment le cinéma se fait et se réalise? Quel est le travail fait en coulisse et comment l'insérer dans un film qui a été lui même conçu?
C'est un procédé assez recyclé dans le 7ème art, et décliné sous des formes multiples, le but étant d'être original. Pour citer les grand films : The Player de Robert Altman, ou La nuit américaine de François Truffaut, Prenez garde à la sainte putain de Fassbinder, Sherlock Jr de Buster Keaton, ou plus récemment Même la pluie d'Iciar Bollain (2010),  Le non-film de Quentin Dupieux (2001) et Rubber du même auteur ou les spectateurs regardent dans le film, le film qu'ils sont entrain de voir.

The State of things, n'a rien a faire dans cette liste, ni dans aucune, c'est un film vaporeux, inclassable et impalpable. Il existe un procédé cinématographique plus fin, dont la poésie fusionne avec le sens. Il engendre des films qui parlent de la vie, qui reflètent la vie. Il parle donc de cinéma. Que l'on soit bien clair : un reflet sur un vase en verre n'occupe pas toute la surface du vase. Un reflet n'est donc qu'une idée. Si le cinéma reflète la vie, il l'interprète selon le point de vue des auteurs. Le cinéma témoigne, fait acte d'histoire, il parle de la vie.

Qu'est ce que la vie? Où s'arrête-t-elle? Quel pourrait être le reflet de la vie? Pour que le reflet soit uniforme, qu'il n'oublie rien de tous les aspects de la vie, il faudrait un immense miroir dans le cosmos. Mais le cosmos, si infini, n'a d'autres choix que d'être lui même ce miroir. La vie existe seulement dans la vie. "Stories, only exist in stories" voilà ce que dit le réalisateur Friedrich Munro à son équipe qui attend de reprendre le boulot. C'est la phrase clef du film qui se différencie bel et bien de la banale mise en abyme. Elle en fait un magnifique "Métafilm" si on avait, évidement, le droit de le classer dans une forme de film. Mais ce film est un ovni.

C'est un film qui parle du cinéma en profondeur et non pas que dans la banale histoire racontée. 
Les strates qui composent ce film le ramène au rang d’œuvre d'art véritable et non comme un film à consommer comme ceux qu'on croisent que trop souvent aujourd'hui. Comme une photo, une peinture ou un poème, plusieurs lectures sont à aller chercher en profondeur, du premier plan au dernier plan. Du moindre détail, refaisant émerger l'essence du film pour qu'on la ressente. Les tripes et le cœur de Wim Wenders et de son équipe arrivent à transpirer dans son film parce qu'il est sincère avec celui là. Il crée un vrai dialogue avec son film. Ils se construisent en harmonie tous les deux, pour faire un film superbe, libre et vrai, jusqu'à nous faire partager ce sentiment de bouffée d'air, et d'amour pour cet art capricieux. 

Cet art réagit selon comment on le prend. Il faut le dompter et le comprendre. Et pour ça, il faut s'être compris sois même d'abord. Sinon le cinéma ne comprendra pas où tu veux en venir. Ce qui est beau c'est qu'il parle du cinéma, de la vie, de l'amour pour l'art, la littérature, la musique, les gens considérés au même rangs, comme des œuvres d'art, diversifiées et sensibles. Wim Wenders fait un gros clin d’œil aux films noirs américains qui relevaient ces thèmes aussi avec des histoires simples et pauvres. Le film noir est un genre très précis, qui a vécu 17 ans. Il a engendré entre 250 et 400 films. Le premier à être considéré comme tel est Le faucon maltais de John Huston sortit en 1941. Celui qui est considéré comme le dernier film noir classique est La soif du mal de Orson Welles sortit en 1958. Le film noir classique avait une profondeur exemplaire, dans laquelle seules les œuvres d'art peuvent nous plonger.

De cette façon, Wim Wenders nous fait sortir de L'état de choses, imprégné des sentiments de l'auteur lors de la création du film. La musique nous transporte entre les personnages, graciés par un casting exemplaire... Une réalisation sincère. Il nous offre sa vision du cinéma à travers un métafilm fantasmagorique.

Les Métafilms sont difficiles à différencier des mises en abyme. Ils mettent en scène souvent les mêmes protagonistes : metteurs en scène, acteurs, producteurs, techniciens. Ce procédé métafilmique n'est pas forcé de traiter du cinéma en montrant le processus de création. Il ne documente pas, il en fait un conte sensible et poétique.





JH

samedi 20 octobre 2012

Sergei Loznitsa — Polustanok (The train stop) (2000)

              


        LA STATION             




       
     


        Ce film Biélorusse est venu percuter ma Fovéa par hasard, un jour de fin Septembre. Réalisé en 2000 il a été diffusé une seule et unique fois sur la Télévision française quelques années après. Il m'a une fois de plus fait comprendre beaucoup de choses sur le traitement cinématographique et sa fonction qu'elle soit sensorielle ou sociale. La place du regardeur face à l'objet. Je vais vous conter mon expérience, ma perception relative à la réception de ce film :

*

         En premier lieu, la surprise, écriture ressemblant au Russe sur fond noir. Le cinéma Russe depuis longtemps, certain me comprendrons, m'émeut, me transporte,me parle et me fait vibrer.
ANDREÏ TARKOVSKI ( Solaris - Le Miroir - Stalker - Le Sacrifice etc... ) en premier, mais plus récemment ALEXANDER SOKOUROV ( Le Soleil - Faust etc... ). Ça y est, déjà j'étais prêt à me plonger dans l'objet, empli d'un bon pré-sentiment . Bon? Je ne sais pas, mais j'ai ressenti et c'est ce que je recherche au cinoch'... Ressentir des émotions que je n'ai jamais vécues (parce qu'elles se vivent) et approcher des sensations mises en éveil par mon cerveau en fonction des images et des sons. Je crois ressentir le froid, les odeurs, l'inconfort, avec une rumeur effleurant mes tympans, douce ou forte mais jamais nuisible ici.
          La lenteur. Ou la faculté à percer le temps qui obscurcit notre perception pour voir au travers et plonger dans l'écran. Vivre l'expérience. Parfois vivre la mort, ou voir la vie, de loin. C'est ma perception de ce que RAOUL RUIZ appelle "une haute qualité d'ennui" mais pour moi ce mot est trop péjoratif pour ce film. Il se passe, quoi qu'on puisse en penser, trop de choses dans Polustanok (The train stop)-LA STATION pour qu'on le rattache à l'ennui. Ce n'est pas parce qu'on est seul, nous face à l'écran, à ne pas dormir que l'on devrait s'ennuyer, bien au contraire. "Une haute qualité d'ennui" pour moi se rapprocherai plus à un film de BRUNO DUMONT comme son dernier Hors Satan, ou la lenteur est là pour qu'on se force à voir et à ressentir, pour qu'on se pose des questions (et chacun a les siennes). Là, oui, il y a ennui et passé cette chose désagréable, nous repartons avec un bouquet d'émotions plus ou moins malsaines et incommodes, avec en prime des interrogations en fard d'eau. C'est riche, mais ici nous ne repartons pas avec un poids sur les épaules, mais comme si nous étions reposé.

**

        Mais tout d'abord, j'ai rapidement pensé à la relation entre la vie et la mort dans ce film. Ce qui m'a un moment angoissé : 

Premier plan, l'épaisse vapeur de ce qu'on peut distinguer d'une locomotive souffle sa gerbe vaporeuse vers le ciel sombre de la nuit. On découvre le noir et blanc très contrasté, un clair obscur inquiétant et une contre plongée écrasante. La nuit vit, les grillons chantent, d'une maisonnette sur un quai émane une lumière très ponctuée sur la façade. Et d'un cut à l'autre, nous rentrons dans cette maisonnette, on découvre un monde, comme une naissance ou nos yeux ne sont pas adaptés à autant de lumière. On voit flou, on distingue quelques formes, des gens. Tous ces gens, coupés de l'extérieur hostile, nocturne et glacé, dorment à l'unisson. Le temps humain s'est arrêté, et le monde tourne, les mouches sont vivaces, le bois travaille, grince comme sur le pont d'un bateau. Parfois de personnes en personnes on se demande ce qu'on voit, parfois des peintures, des Caravage délavés de leur couleurs mais gardant leur aspect vivant. On se laisse emporter, de portrait en portrait, de plans moyens aux gros plans, toujours en contre plongée ou en plan face mais jamais de supériorités. Premier gros plan, un jeune, statique respirant doucement. Je vois la vie mais je sens déjà la mort arriver avec le vignettage voilant beaucoup ce visage. Cut,et là, malheur! Un gros plan encore plus rapproché sur le crâne d'un vieux prenant tout l'écran avec sa tête posée sur ses mains qui ont manifestement vécues. Mortuaire interprétation, la jeunesse et la vieillesse juxtaposées, il fallait que je me détache de ça...
Je préfère me replonger dans l’innocence d'une première vision. Je déteste me laisser envahir par les constantes interprétations qui sont souvent des "extrapolations" et qui existent juste pour soulager mon cerveau qui cherche désespérément des réponses. Je respire. Je regarde un nouveau jeune, plus jeune, dormant face à la lumière, les yeux ouverts comme réticents au sommeil qui l'empli. Rapport dans l'axe, l'enfant qui dort les yeux ouverts, dort debout entre les jambes de sa mère. Espoir. Mais je ne peux m'empêcher de repenser à la mort, trop de signes me titillent l'esprit, un vieux maigre, allongé inconfortablement, les yeux fermés, dort avec comme sentinelle, une mouche nasillarde. Comment de pas penser à un camp de la mort ou être inquiet pour ce monsieur? Et là, c'est terrible! Le film plonge dans un pessimisme qui devient oppressant, ce que l'on voyait en détail, les rides, les cils, les chaussures, même floutés est ici, juste une silhouette. Dépersonnalisation. À ce point, une chose qu'on attendait plus se dégage : un mouvement. La vie revient peu à peu, les images deviennent plus nettes, comme si nous aussi nous nous réveillions peu à peu, le bruit de l'eau vient compléter le rythme des respirations et c'est une vraie rivière qui s'écoule dans nos oreilles, la vie, le commencement. Soulagement. Les gens se ressemblent, les casquettes résonnent entre elles comme un reflet dans un miroir. Je vois l'unité. L'unité entre ces hommes et femmes, jeunes ou vieux, au même endroit, au même moment, respirant à l'unisson. Nous sommes les seuls hors de cette unité, même si nous respirons comme eux à présent, sans que l'on s'en soit réellement rendu compte. La lumière vacille, le diaphragme de la caméra s’emballe, respire et aspire à des envies de vivre avec eux et de faire vivre ces dormeurs qui se fondent dans des formes qui nous révèlent leur vraies natures parfois juste par le pouvoir d'un geste.Des corps remplissent le cadre, on est serré avec eux à présent. Pas d'espace, mais du calme maintenant, quand la tempête est dehors. Lorsqu'une mamie se réveille, la mort n'est plus là, mais cette femme s'empresse de se recoiffer, féminine et faisant attention aux regards des autres, mais qui eux ne sont plus vraiment là. La lumière éclaire son visage comme le petit garçon, mais elle décide de replonger dans l'obscurité du sommeil. Un homme fume, puis des plans de chaussures en plongée, les seuls. Ces plongées montrent ces pieds comme un seul être. On sort sur le quai, le train va passer, une chouette hulule et une musique nous emmène vers le générique.

***

        Si la forme lente de ce film suffit à le classer "expérimental", il n'en enlève pas l'histoire qui s'y développe. Nous vivons dans ce film, peut être plus que dans certain. Si nous vivons, nous voulons quelque chose, même à la base, à partir de la première minute nous recherchons quelque chose que SERGEÏ LOZNITSA ne veut pas nous donner. Il y a donc directement une histoire entre nous et le film. De plus, nous sommes en constante interaction avec nous même, on se cherche, on se questionne, on se trompe et on est hypnotisé. 
         L'expérimental est encore une fois de plus une façon de ranger dans des cases des objets étranges qui valent plus qu'un classement dans un genre puisqu'ils se suffisent à eux même. Ici ce serait la façon de découvrir un film qui ne ressemble à aucun autre et qui nous pose comme si nous étions la caméra, c'est à dire, en situation de regardeur. Mais finalement c'est très frustrant et on a envie d'y être. Ce film est plus un documentaire qu'une fiction, à mon sens. Tant il nous questionne sur le temps (nous sommes dans une gare) et sur l'espace déserté de la vie pour y laisser place aux songes qui nous soulagent de l'inconfort et des bruits parasites. C'est aussi une petite leçon d'observation de l'humanité. Parce que quand l'humain dort, il ne se souci pas de son apparence, il est en "standby", alors que quand la Mamie se réveille c'est la première chose à laquelle elle pense, le regard des autres devient un stress permanent qui nous a été amené par ce qu'on a appelé la civilisation.Bel héritage. C'est d'autant plus une histoire que ce film ai été diffusé à la Télévision, qu'il ai été vu avec un rayonnement important.Combien de temps les gens qui sont tombés sur ce film sont resté devant leur poste de TV?
Et croyez vous qu'ils ont eu l'impression de perdre leur temps? 
Si c'est le cas, ils ont raté plus gros, un très bon film.






Jordi Honoré


 

vendredi 9 mars 2012

Des tournages dans des cités - Entre le monde du cinéma et celui des tours.



Par la journaliste Aurélie Champagne sur Rue89 : (publication originale)


Repérant les cités « tournables », Youssef et Gaye font le lien entre le monde du cinéma et celui des tours, gérant les peurs et fantasmes des uns et des autres.


 Curieusement, la première rencontre avec Gaye a lieu à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), dans les locaux d'une maison de production. « C'est comme ça », sourit-il.
« C'est souvent l'histoire d'un trajet, des quartiers chics vers la banlieue. »
Ce charismatique gaillard de 34 ans est « repéreur » spécialisé et « bosse depuis dix ans dans le cinéma ».
« A la base, on me prend pour le casting et la sécu. Maintenant, au sein de ma boîte [ESP-sécurité, ndlr], j'ai développé une branche spécialisée dans le cinéma. »
Aujourd'hui, l'équipe de la série « Engrenages », produite par Canal +, cherche une cité où tourner trois épisodes. « Il faut arriver à comprendre de façon très visuelle qu'il y a un dedans et un dehors », précise la réalisatrice, en quête d'une cité « où l'on sent le danger », avec « peut-être une plate-forme ».
Calmement, Gaye fait défiler sur son Mac des photos de cités pour cerner la demande de l'équipe : cité La Noue à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), cité de l'Etoile à Bobigny, cité des 4 Tours au Blanc-Mesnil, La Fouilleuse à Rueil (Hauts-de-Seine), etc. « Putain, quand même, les mecs qui ont construit ça... », soupire la réalisatrice.

Chercher les tours


Youssef, fixeur et employé à la patinoire 
de Vitry (Aurélie Champagne/Rue89)

Les décors recherchés se ressemblent souvent. Pour de nombreux réalisateurs et producteurs, cité = tours.
« La plupart du temps, les réalisateurs cherchent des grandes barres… Il y en a de moins en moins. Les tours tombent, on réhabilite », explique Youssef, 32 ans, qui a appris le métier en commençant avec des clips de rap, puis au contact de Gaye et d'un repéreur professionnel.
A Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, il ne reste plus qu'une des deux tours de la cité Balzac, marquée en 2002 par l'immolation de la jeune Sohane.

Cité Balzac à Vitry-sur-Seine, Val-de-Marne (Aurélie Champagne/Rue89)

De U2 aux « Beaux Mecs » de France 2


En 2008, la cité accueillait le groupe U2 pour leur film de 70 minutes, « No line on the horizon ».
Depuis, les tournages se multiplient : les équipes du feuilleton « Les Beaux Mecs » (France 2, 2011) ou du film « Nous York », suite de « Tout ce qui brille » (2010) avec Leïla Bekhti.
« On leur a trouvé les mêmes loges, les mêmes appartements », précise Youssef.
Youssef a travaillé pour la série, en partie tournée à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne)
Plus loin, la cité Camille-Groult, a accueilli les tournages de « Tel père, telle fille » (2006) avec Vincent Elbaz, et des « Liens du sang » (2008) avec Guillaume Canet et François Cluzet.

« Monsieur le maire »


Youssef n'est pas peu fier d'avoir « déjà fait rentrer onze tournages à Vitry ».
« C'est sur, ça fait de la pub à la ville. »
A Vitry, Youssef connaît tout le monde. Pour le charrier, certains l'appellent « monsieur le maire ».

Cité Mario-Capra, à Vitry-sur-Seine, Val-de-Marne (Aurélie Champagne/Rue89)

« Moins bien payés qu'un repéreur classique »


A Neuilly, la réalisatrice d'« Engrenages » détaille un peu le scénario : il est question d'une voiture de police arrivant dans une cité où a lieu un trafic.
« On ne sait pas comment ça peut être accueilli à l'intérieur de la cité... »
Tous les yeux se tournent vers Gaye.
« Ça, c'est notre boulot, en amont. »
Pour Guillaume, directeur de production, « Youssef et Gaye sont des fixeurs sans qui aucun tournage ne pourrait se faire en banlieue » :
« Ils ont un réseau important, connaissent les gens. Ils te disent si tel endroit c'est “ tournable ” ou pas. Ce qui est fou, c'est que ces mecs-là soient moins bien payés qu'un repéreur classique. »

Quand vient l'anniversaire des émeutes...


Un bon fixeur doit connaître « la mentalité de telle ou telle cité », ses conflits, ses fortes têtes et les gens qui tiennent les murs : « Le Val-Fourré, c'est pas Vitry ! » s'exclame Youssef.

Cité Camille-Groult à Vitry-sur-Seine, Val-de-Marne (Aurélie Champagne/Rue89)

Gaye connaît les lieux qu'il présente comme sa poche. Ou alors il connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un susceptible de le renseigner. Début novembre, il travaillait sur le tournage de « De l'autre côté du périph » (2012), de David Charhon avec Omar Sy, « un tournage de six jours à Clichy-sous-Bois », en Seine-Saint-Denis.
« C'était [le sixième] anniversaire des émeutes de 2005. Tout le monde avait peur. »

Les jeunes, « des millions dans les yeux »


Aux appréhensions des équipes de cinéma répondent celles des cités : l'arrivée d'un plateau de cinéma génère des fantasmes, la perspective d'argent facile et parfois des quiproquos.
Bande-annonce d'« Aicha », de Yamina Benguigui, France 2, 2008
Gaye a travaillé pour ce téléfilm, en partie tourné à Bobigny et Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise)
« Souvent, les jeunes regardent les tournages avec des millions dans les yeux », raconte Gaye. Youssef :
« En plus aujourd'hui, les jeunes n'ont plus peur de rien. Ils se foutent de tout. Nous, dans les années 90, c'était pas la même chose. On volait des mobs et on allait faire les cons à la Foire du trône. Aujourd'hui, s'il fallait tourner la suite de “ La Haine ”, ça aurait pas été le même scénario. »

« Pas de cité où tu ne peux pas tourner »


« Ce qui compte, c'est la prépa », insiste Guillaume, le directeur de production. Gaye :
« Par exemple, sur le tournage de “La Commune” [Canal +, 2007] à Rosny-sous-Bois [Seine-Saint-Denis], un môme nous a volé les talkies-walkies, le dernier jour. Mais ils sont revenus. Ceux qui bossaient à la sécu étaient du quartier. »
Extrait de « La Commune », série réalisée par P. Triboit et E. Daucé, Canal +, 2007
Gaye a travaillé pour la série, tournée à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)
Le fixeur reste convaincu qu'« il n'y a pas de cité où tu ne peux pas tourner » :
« Le risque, c'est que certaines productions pensent acheter la paix sociale en payant un référant. Mais dans une cité, si tu dis oui à tout, tu te mets en danger. Les mecs s'en rendent très rapidement compte. D'autres mecs arrivent et disent “pourquoi pas moi ? ”. »
« Si tu as un pépin avec un jeune... un truc se passe mal. Ils reviennent à cinquante. Qu'est-ce que tu fais ? » demande Youssef.
« On me demande souvent de doubler les équipes de sécurité », ajoute Gaye.

« Il faut que ça se passe bien »


« Les fixeurs, tu es censé les écouter. Sinon, tu fais comme Besson à Montfermeil, et tu te fais cramer tes camions », ajoute le directeur de production.
En 2008, en Seine-Saint-Denis, le tournage de « From Paris with love », produit par Luc Besson, tourne mal. « Ils avaient cru bon de prendre des personnes qui gueulaient le plus. Seulement, derrière, il y a toujours une surenchère », raconte Gaye, flegmatique.
Dix voitures destinées aux cascades du film sont incendiées. Le tournage s'interrompt, « alors qu'ils avaient fait travailler plein de monde là-bas », commente Youssef. Finalement, les scènes seront tournées à Poissy.
Extrait de « From Paris with love », de Pierre Morel, 2010
Guillaume :
« A partir du moment où tu arrives avec du matos, des humains, il faut que ça se passe bien. Il faut savoir parler, nouer le contact avec les gens. »

« De la médiation, plutôt que de la sécu »


Pour chaque tournage, Gaye prépare l'arrivée de l'équipe :
« Je vais voir les parents, les enfants, pour leur expliquer ce qu'il va se passer. Ça veut dire aussi expliquer que je ne peux pas faire bosser tout le quartier. »
Un des secrets du métier consiste à faire « une embauche sur place » et à placer des habitants des cités à la sécurité, à la régie ou pour faire de la figuration, des petits rôles...
« Quand on peut prendre les mères pour assurer la restauration, on le fait. »
Gaye a appris à s'entourer « de gens fiables, respectables et respectés dans la cité. Des gens qui sont aimés et qui sont acteurs dans leur quartier ».

Un tournage en cité, « c'est de l'oxygène »


« On a aussi le rôle de grand frère », ajoute Youssef.
« On prend des journées pour apprendre aux jeunes à travailler sur un plateau. Ça fait rentrer des gens de l'extérieur. C'est de l'oxygène. »
Certaines villes ont bien compris l'intérêt d'accueillir des tournages. Bobigny par exemple n'en facture pas l'accueil en échange d'actions en faveur de la jeunesse.
La ville a ainsi accueilli dans la cité Karl-Marx, le tournage du film de Saphia Azzedine, « Mon père est femme de ménage ». Mais aussi « Panier de fraise » de Julien Abraham et « Après mai » d'Olivier Assayas.
Pour Guillaume, « si la prépa est bonne, c'est plus cool de touner en banlieue qu'à Paris. Tous ceux qui en ont fait l'expérience te le diront ». Gaye conclut :
« A Paris, les gens sont plus durs. Ils en ont rien à foutre des tournages. En banlieue, ils se prêtent au jeu. Ils accueillent. »

Extrait de « La Commune », série réalisée par P. Triboit et E. Daucé, Canal +, 2007
Gaye a travaillé pour la série, tournée à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)
TSD

jeudi 12 janvier 2012

Panorama du cinéma britannique contemporain




Dans cette chronologie (ci-dessus) du cinéma britannique des années 40 à nos jours, vous trouverez les films qui ont marqué l'histoire du cinéma à l'échelle nationale, européenne ou mondiale. 

Évidemment cette liste est non exhaustive. 
A travers ces films vous apercevrez cependant les principaux courants ou périodes:     
                              (à part les J. Bond...)

  • Années 40-50 : Les grands classiques d'après-guerre

    → Le Troisième Homme de Carol Reed, Hamlet de Laurence Olivier, Les Chaussons rouges de M. Powell & E. Pressburger (premier film non américain à obtenir un Oscar)

  • Années 50 à 70 : La « new wave », nouvelle vague britannique, prônant un réalisme social et s'inspirant du courant documentaire du Free Cinema et du courant littéraire des Angry Young Men.
    → Films de Lindsay Anderson,Tony Richardson et Karel Reisz (tous trois étant d'abord passés par le cinéma documentaire).

  • Années 60-70 : Libération des mœurs, cinéma qui aborde les questions jusqu'alors taboues de la nudité à l'écran ou du sexe
    → Le Knack... et comment l'avoir de R. Lester, La symphonie pathétique (Music lovers) de Ken Russel, Repulsion de Polanski, Blow Up d'Antonioni...

  • Années 60 à 80 : Un cinéma fantastique
    → 2001 : Odyssée de l'espace de Kubrick, ou Brazil et Les Aventures du Baron Munnchhausen de T. Gilliam …

  • Années 80 à nos jours : Un cinéma « social » (qu'avait déjà amorcé Ken Loach dès les années 60)
    → Regards et Sourires et Le vent se lève (The Wind that shakes the Barley) de Ken Loach, My Beautiful Laundrette et Dirty Pretty Things de Stephen Frears, Les virtuoses de Mark Herman, The Full Monty de Peter Cattaneo, Naked ou Secrets et mensonges de Mike Leigh...

  • Années 90 à nos jours : Renouvellement de la comédie « british »
    → Depuis le succès international de Quatre Mariages et un Enterrement de Mike Newell

  • Années 80 à nos jours : « l'Art Cinema », à la narration et aux formes visuelles très personnelles, et dont les réalisateurs sont souvent issus d'écoles d'art
    → Meurtre dans un Jardin anglais (The Draughtsman's Contract) ou Drowning by number de Peter Greenaway, Orlando de Sally Potter.


Bien sûr, certains films manquent à l'appel car restent inclassables. 
A vous de faire votre sélection, et n'hésitez pas à ajouter cette chronologie à votre liste de films à voir!


* Étant donné la traduction parfois arbitraire ou incomplète des titres de films, vous trouverez sur cette chronologie les titres dans leur langue originale, conformément aux intentions de leurs auteurs.
* Les titres suivis d'un symbole « petit soleil » sont les films ayant reçu la Palme d'Or à Cannes.

 
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En cadeau: Intervals, court-métrage expérimental de Peter Greenaway (à ses débuts, en 1969)



Malou

jeudi 1 décembre 2011

Akira Kurosawa ou l'empereur du cinéma Japonais





« Kurosawa est l'une des cinq personnes ayant le plus contribué à l'épanouissement de l'Asie durant les 100 dernières années »
"Arts, Littérature, et Culture" par le magazine AsianWeek et CNN
Akira Kurosawa (黒澤 明, Kurosawa Akira) est un réalisateur , producteur, scénariste et monteur Japonais né à Tokyo le 23 Mars 1910 et mort d'une crise cardiaque à Tōkyō le 6 Septembre 1998.
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Dernier d'une famille de sept enfants et descendant d'une lignée de Samouraï, Akira Kusosawa opte d'abord pour un cursus artistique en étudiant la peinture à l'Académie des beaux-arts Dushuka. Alors qu'il envisage de continuer dans cette voie, ses besoins pécuniaires l'incitent à tenter le concours d'entrée aux studios de la Compagnie Toho où il est engagé comme apprenti réalisateur. Il commence à écrire quelques scénarios et assiste notamment Kajiro Yamamoto dans Le Cheval (1940), qu'il gardera comme modèle tout au long de sa carrière .
Mais tout d'abord, sa carrière justement est vaste, il prend son temps de murir pour entrer dans le cinéma en tant qu'assistant-réalisateur et scénariste en 1936, il avait alors 26 ans. Mais son premier film peut être remarqué tant par l'époque qui l'a engendrée en 1943 pendant la Seconde Guerre mondiale, que par le contenu du film La légende du grand judo(Sugata Sanshiro) ou en 1882, le jeune Sanshiro Sugata veut apprendre l'art ancestral du ju-jitsu, mais il découvre le judo et en devient immédiatement un adepte. Le terme judo est composé de 2 kanjis signifiant : souplesse,adaptation (柔, jū) et L'art, la voie (道, dō) littéralement « voie de la souplesse ».
Et effectivement nous pouvons considérer que le parcours artistique de Akira Kurosawa s'est édifier sur les bases solides et nobles de l'art martial. Un parcours initiatique de son premier à son dernier film, comme ponctués par des caps de vie qui auraient put être marquer de ceintures de couleurs, Kurosawa part de ce qui lui appartient, l'essentiel. Son pays, qui a engendré le grand judo, le Japon. Son histoire qui a vu naître la philosophie de ce que est devenu un sport en 1882 lorsque Jigoro Kano l'initia. La légende dit que pour établir les principes du judo, il s'inspira du spectacle d'arbres couverts de neige, lors d'un hiver rigoureux, en remarquant que les branches du cerisier réagissaient différemment des roseaux.Sous le poids de la neige abondante, les branches de cerisiers, dures, cassaient alors que les roseaux, plus souples pliaient et se débarrassaient de « l'agresseur » avec souplesse. « La voie de la souplesse » était née.

mercredi 13 avril 2011

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793:

Déclaration des droits de l'Homme et du Cinéaste

 - Article 35(mm):

Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

- Puis petit détour par l'article 7(ème Art):

Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, le droit de s’assembler paisiblement, le libre exercice des cultes, ne peuvent être interdits. La nécessité d’énoncer ces droits suppose ou la présence ou le souvenir récent du despotisme.

(Publié par Malou)